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20/05/05 - 15:28

Contre tous les conservatismes

Dans une entrée précédente, je mentionnais l'ironie comme une vertu. A vrai dire, l'ironie est sans doute la marque d'une véritable liberté d'esprit, et en ce sens elle doit s'appliquer aussi bien envers les autres qu'envers soi-même.

L'ironie envers soi-même est la condition préalable à l'exercice de sa liberté, contre tous les dogmatismes et les schémas de pensée, contre tous les historicismes dans lequels il est parfois tentant de s'enfermer, soit par peur et manque de confiance, soit par confort et par lâcheté.
Définitivement, je ne suis pas un dogmatique ni un conservateur.

Dernièrement, je suis arrivé peu à peu à une prise de conscience claire de quelque chose que je pressentais déjà peu après m'être inscrit en philosophie, en remarquant mon goût pour l'art, pour la réalisation effective du théorique : je ne corresponds pas à l'acception traditionnelle du philosophe dans sa tour d'ivoire. Certes, on pourrait croire qu'une telle sentence ne concerne que des personnes telles que Kant, qui physiquement parlant est resté toute sa vie ou preque dans sa ville de Königsberg, à développer son système de pensée. Mais cela va plus loin : il m'est impossible de concevoir une vie axée sur la seule philosophie, et ce que le philosophe soit physiquement mobile ou non. Derrière cette idée de la philosophie comme discipline fondamentale, comme science première (ainsi pour Kant et Descartes, pour ne citer que deux exemples), il reste sans aucun doute un leg d'une conception religieuse ou métaphysique : la séparation entre un sacré et un profane. Au fond, il en va de même pour Nietzsche, pourfendeur de la métaphysique : s'il détruit les anciennes valeurs, ce n'est qu'en vue d'en réétablir d'autres, qui transparaissent en particulier dans les termes de "faible" et "fort". Un peu comme si le philosophe de part son statut-même s'occupait de matières plus nobles que tous les autres, en tout cas détachées des considérations mondaines.
Au contraire, je suis persuadé qu'il faut à nouveau briser ces tables, au risque d'aller contre l'expression d'un déterminisme biologique, celui d'établir un "domaine réservé" afin de se protéger des autres. C'est contre cette peur du monde qu'il faut lutter, ce repli sur soi, cette exacerbation à l'extrême du sujet et du retour de sa volonté sur lui-même, qui en fin de compte est une attitude ascétique.
Le philosophe doit pouvoir se concevoir dans le monde, comme quelqu'un qui est capable d'ouvrir des perspectives, mais certainement pas comme celui qui fonderait la vie. De la même manière que'au niveau biologique, la vie existe sans nécessairement la conscience, la vie doit pouvoir également se concevoir sans la philosophie. Seulement, celle-ci est là pour servir au mieux la vie, c'est-à-dire qu'elle doit se concevoir comme un moyen, et non une fin en soi (ainsi que je me plaisais à l'affirmer il y a encore peu de temps). La seule valeur fondamentale c'est la vie, pas la philosophie. Et c'est ce qui doit être reconnu non seulement en théorie, mais également dans les faits. Comme toutes ces vies d'ermites trahissent toujours quelque chose de pathologique... Nietzsche au premier chef.
On doit pouvoir revenir à la question fondamentale de la philosophie grecque, à savoir : "Qu'est-ce que la vie bonne ?". Dans sa formulation-même, le questionnement philosophique renvoie ainsi d'emblée à quelque chose d'autre que lui. Et cet autre n'est pas la religion ou Dieu, mais la vie. Voilà ce qu'il faut comprendre et réaliser.

On assiste aujourd'hui, à l'heure du référundum européen, à la resurgence de tous les conservatismes et de toutes les peurs qui les nourrissent : peur des autres, peur de l'avenir, peur du changement, etc. Dans tous les cas, on aboutit à un mécanisme biologique bien connu : celui de l'auto-défense et du protectionnisme. Cela est vrai au niveau individuel, politique, économique, social, ... (autisme, nationalisme et souverainisme, républicanisme, anti-libéralisme)
Or pourquoi aujourd'hui avoir peur ? Pourquoi alors que le monde s'ouvre devrait-on rester sur nos anciens schémas - qui on le voit chaque jour, fonctionnent de moins en moins bien -, sinon par manque de courage et de confiance ? Par manque d'ironie ? Pourquoi cette nostalgie du primitif et du naturel alors qu'en même temps on critique la pauvreté et la famine en Afrique ? Comment une telle contradiction est-elle possible sinon dans des esprits malades et qui cherchent à tout prix, même à celui de la contradiction, à subsister ? Comment soutenir encore, pour ne prendre qu'un exemple, vouloir d'une Europe indépendante et dans le même temps critiquer l'accroissement des budgets militaires européens ?
Définitivement, l'enjeu européen réveille tous ces transis de peurs et ces malades de la vie - dont je reconnais avoir fait partie trois jours, et sans doute un peu plus si l'on regarde mon évolution ces deux dernières années -, et à ce titre est particulièrement intéressant à mettre en parallèle avec une analyse de la société française actuelle.

Dans tout cela, je me suis cherché une place, et je crois l'avoir maintenant trouvée. En tout cas, j'ai trouvé l'orientation : philanthrope, sociale, pragmatique et définitivement conquérante. Je renoue avec toutes ces choses que j'avais déjà pu éprouver par le passé, cette fois-ci avec la blessure et la conviction en plus. A cet égard, rien n'aura été inutile, rien n'est à regretter. Mais mon récent voyage en Allemagne, l'entretien avec Paolo quand il est venu à Paris, la soirée tout récemment avec Jean-François, tout cela a réveillé en moi la bête endormie et m'aide à ravoir confiance dans le monde environnant, et ainsi à laisser de côté toutes ces barrières de sécurité stupides, toutes ces craintes, tous ces poujadismes et républicanismes personnels qui finissent toujours par perdre. Et ainsi à retrouver une cohérence avec moi-même, avec mon passé profond. Cap sur Sciences-Po, tout en restant philosophe...

 

 

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