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09/01/05 - 00:41

Ironie, vous avez dit?

Le libre-arbitre, ou cette formidable faculté de n'être jamais emprisonné dans un choix, le plus radical eut-il semblé… la plus grande liberté et la plus grande ironie face à soi-même.

Avez-vous déjà eu l'impression d'être une bouée vide jetée dans la mer, flottant cahin-caha au gré du courant? C'est en tout cas exactement cette sensation que j'ai ressenti presque tout au long de la journée ; sans force, sans manger - sans ma vraie nourriture, à vrai dire.

Depuis cette discussion de jeudi après-midi, me voilà bel et bien retombé dans les affres de la passion - bien qu'elle se veuille cette fois-ci enfin constructrice, positive, politique presque. Une sorte d'évidence pragmatique retrouvée, et au fond ceci est logique.
Les grands solitaires, même ceux qui se croient encore les plus objectifs intellectuellement, s'égarent en ceci : en feignant d'ignorer la dimension politique des événements, ils ne sont pas métaphysiciens au sens classique du terme, mais ils créent à leur manière un nouvel "arrière-monde" : celui de la pensée. Car il existe cette constatation empirique de fait que nous devons quoiqu'il en soit être quelque chose physiquement, et par conséquent ne pas en tenir compte dans les faits serait renier une des formes les plus élémentaires de notre propre réalité. Ainsi celui qui feint d'ignorer la dimension politique, parce qu'il n'y trouve aucune saveur, fait un choix éminemment personnel, et non objectif : il croit se livrer ainsi à de véritables enjeux, de véritables problèmes, qui touchent à l'essence des choses, mais sa blessure le trahit. Elle porte la marque de la passion. Et au fond c'est ce qu'on a toujours constaté : parfois les plus grands génies oublient jusqu'aux choses les plus élémentaires, celles qui paraissent peut-être les plus simples. Cela, Descartes l'avait bien compris lorsqu'il parlait, au-delà du doute, de la nécessité de l'agir - il cotoyait de plain pied la société mondaine, en dépit de sa volonté d'isolement, et cela n'est certainement pas étonnant.

Suis-je donc sur la voie de retrouver la vraie vie à travers cet amour qui peut-être va se concrétiser? Je l'espère, car ceci est certainement un mode de vie plus sain que cette solitude où certes la liberté peut paraître plus grande, mais en réalité s'enferme bien vite dans sa propre nécessité. Il convient toujours ainsi de prendre garde à ces aspirations libertaires : souvent, elles ne sont au final jamais très loin de la plus grande servitude.

Certes, le solitaire a peut-être un regard plus perçant, une libido plus portée vers l'intellect qui lui fait considérer ces choses avec plus grand intérêt - et ceci sans doute et sa grande force -, mais à moins d'être ascète dans le sang, ce qu'il est au fond peu probable que ces grands passionnés de la raison soient, il est inévitable qu'ils viennent aussi à être de grands refoulés. A vouloir regarder le soleil en face, dirait un Platon, ils finissent par s'aveugler. Ceci certainement n'est pas de leur faute, ils ont un amour surhumain ; mais là justement est le problème, ils ne sont qu'humains et ce fardeau de la solitude, du corps, loin de pouvoir être abstrait par l'esprit, devient de plus en plus pesant pour celui-ci.

Comment qualifier cette nouvelle race de métaphysiciens incroyants, de grands solitaires souffrants - et qui parfois même comprenaient ce qui était en jeu en eux, mais ne pouvaient en sortir en vertu de leur nécessité (je pense à Nietzsche en particulier)? Ceci resterait encore à trouver. Reste que je ne souhaite pas faire partie de ceux-là ; peut-être au fond se dire cela est illusoire car je n'aurais pas le choix, donc en tout état de cause je le souhaite. Les prochains jours, à cet égard, devraient m'être fructueux et m'en apprendre beaucoup.

En effet je n'y puis plus tenir, je dois lui avouer rapidement, car me voilà depuis plus de trois jours maintenant telle une bête en cage, affublé de la plus grande passion qui doit encore rester enfouie en moi - et quel fardeau ! Je prie pour l'exorcisme ! Imaginez cet état de tension pendant l'orgasme devenant angoissé et ne pouvant pas sortir, et qui en plus doit être maîtrisé, au risque de paraître trop brutal et être "couronné", si le terme est approprié, d'insuccès. Comme il me tarde, donc, d'être à dans quelques jours ! Lui avouer ces mots tendres, comme je suis bien avec elle et comme elle est belle - enfin être sincère, et peut-être renaître définitivement.

 

 

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